Chroniques http://www.themadallaxview.com Un concentré de cinéphilie pathologique Mon, 28 Mar 2022 16:39:01 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.8.18 http://www.themadallaxview.com/wp-content/uploads/2020/03/cropped-images-32x32.jpg Chroniques http://www.themadallaxview.com 32 32 Mourir peut attendre. (Ou pas.) http://www.themadallaxview.com/mourir-peut-attendre-ou-pas/ http://www.themadallaxview.com/mourir-peut-attendre-ou-pas/#respond Wed, 10 Nov 2021 09:13:50 +0000 http://www.themadallaxview.com/?p=1313 Continuer la lecture de « Mourir peut attendre. (Ou pas.) »

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The Bond of the living dead

Pendant 15 ans, l’agent secret incarné par Daniel Craig aura tenté de survivre à la plus périlleuse des missions de sa longue carrière: garder la forme dans le système hollywoodien. La franchise aura constamment dansé sur le fil du rasoir, tiraillée entre sa longévité exceptionnellement rentable et son aura historique empêtrée dans le passif (am-)moral de l’ancien Bond.

Depuis 2006, on aura donc tout eu: du très bon (Casino Royale), du sublime (Skyfall), du raté (Quantum of Solace) et même du vide (Spectre). Quatre films freinés ou magnifiés par leur contexte social, économique et artistique, de l’affaire Weinstein à la grève des scénaristes en passant par des nouvelles formes visuelles et des audaces narratives de pertinence variable.

« Mourir peut attendre » n’est rien de tout ça. Ou plutôt… il est tout ça à la fois. Un monstre hybride et un équilibriste fébrile qu’un liant bancal voire mortifère tente de maintenir debout pendant 160 minutes. Cela donne un film qui fait mine de se ré-inventer mais qui au fond trahit le socle sexagénaire sur lequel il s’appuie, dont il ne sait que trop bien ce qu’il devrait – et va – faire.

Tout d’abord, l’évidence des évidences : une accumulation de références  se met en place dès les premières minutes, probablement plus pour adoucir le mec pas forcément docile, là, au fond (c’est-à-dire moi), que pour réellement perpétuer un univers dont il est déjà en train de défaire l’héritage. En plusieurs étapes.

Avec ce générique reprenant un instant les pastilles colorées de Dr. No pour nous ramener hypocritement en 1962, le film convoque déjà avec une fausse sincérité un James Bond que notre époque ne supporte plus de voir – et qu’elle ne montrera évidemment plus jamais.

Extrait du générique d’ouverture de « Dr No » (1962).

Vient ensuite une version instrumentale de « We have all the time in the world » alors que le couple issu de « Spectre » Bond/Madeleine sillonne les routes d’Italie, loin de tout et de tout le monde. Un choix lourd de sens puisqu’il convoque l’épilogue funeste de « Au service secret de sa majesté » (1969). La saga version Daniel Craig étant clairement ancrée dans une atmosphère dépressive et sombre, le connaisseur attentif pressent par ce biais musical une issue fatale à ce 25ème opus officiel. Il connait la musique. Mais déjà à ce stade, ce rappel sonore se révèle malhonnête dans l’émotion qu’il fait semblant de nous suggérer.

Puis, toujours dans ce premier acte, Bond va se recueillir sur la tombe de Vesper, icône ultime, qui se révèle être un piège tendu par Blofeld: rappel évident au James version Roger Moore du début de « Rien que pour vos yeux » allant fleurir la stèle de Tracy.

James Bond (Roger Moore) dans la scène d’ouverture de « Rien que pour vos yeux » (1981).

Arrive ensuite Felix Leiter, l’alter ego de Bond au sein de la CIA présent depuis le premier film, le temps de jouer les anciens combattants avec 007 autour de quelques verres dans une ambiance plutôt chaleureuse. Il sourit beaucoup trop le Felix, d’ailleurs. Il sourit tellement que ça sent déjà la fin de soirée.

Arrêtons-nous un instant devant cette accumulation de clins d’œil. À qui s’adressent-t-ils, vraiment ?

Pas vraiment aux spectateurs ayant démarré la saga avec Pierce Brosnan, voire Daniel Craig pour les plus jeunes. Rares sont ceux qui, partant de là, ont patiemment remonté le courant jusqu’en 1962 via les Caraïbes. Le film drague pour le moment les connaisseurs un peu fanatiques de l’ensemble de la franchise. Plutôt les gens comme moi, donc.

Moi, d’ailleurs, à mi-chemin du film, je suis dans mon siège et je savoure. Je me détends – je me désarme – face à cette flagornerie référentielle et me surprends à sourire de plaisir pendant une première partie jubilatoire ravivant un humour old school avec des bastons décontractées excellemment chorégraphiées, entrecoupées de cocktails bien dosés et de punchlines encore mieux senties, le temps de faire apparaitre une des plus formidables Bond Girl qu’on ait pu voir dans la saga en la personne de Paloma.

Paloma (Ana de Armas) dans « Mourir peut attendre ».

Malheureusement, Paloma va être à l’image de l’intention générale du film: créer à l’écran une entité, un symbole ou un souvenir pour immédiatement s’en délester devant nous.

À partir de là, « No Time To Die » devient un rayon anti-gaspi: tout est encore valable, mais bientôt mort. Une danse de spectres.

On arrive là à la deuxième étape du processus narratif du film: instiller du mélodrame tant que le spectateur est désarmé.

Le film ouvre ainsi la possibilité d’une retraite de Bond via la création (inimaginable auparavant) d’une cellule familiale, étrangement laissée hors-champ le temps du générique (visuellement superbe, musicalement vide) qui opère un « bond » dans le temps de cinq ans. Ce n’est donc pas une famille en tant que telle qu’on pourra voir exister à l’image mais uniquement « l’idée » de cette famille – un concept qui ne tiendra évidemment pas sur la durée, pas plus que Paloma. Peu importe que les liens du sang n’aient pas été incarnés une seule seconde à l’écran. Ici, on semble se contenter de les avoir suggérés. À un moment.

D’un point de vue strictement émotionnel, ce sera donc au spectateur de faire la soudure, en se contentant d’une unique scène de petit déjeuner filmée avec un gentil halo de lumière matinale pour trouver un peu de contenu pas vraiment à la hauteur de cette révolution pourtant copernicienne dans l’intime de Bond (peu aidée il faut le dire par l’absence totale d’alchimie entre Daniel Craig et Léa Seydoux, déjà problématique dans l’épisode précédent). Mais, l’épilogue du film étant entièrement sous-tendu par cet unique arc narratif, il y a là un masque qui tombe pour de bon: ceci n’est qu’un prétexte.

Mais même là, à deux tiers du film, emporté par des références plutôt exigeantes à l’univers de 007 et des scènes d’action montées avec clarté et puissance par C. J. Fukunaga, le spectateur (que je fus) peut encore se laisser porter par ce qui semble être un cru décent et digne de clore la période Craig.

Sauf que.

Sauf que dans la suite du film, on comprend que cet univers ravivé de bien des manières n’est pas un adieu ému ni même un humble hommage.

Tel Bond voulant se recueillir sur la tombe piégée de Vesper lors d’un moment de faiblesse et de nostalgie, le spectateur, la garde baissée et prêt à dire adieu à une ère capitale de la franchise, découvre un film qui lui explose à la gueule en traitre.

Fukunaga, c’est un peu le Blofeld de la saga, finalement.

De Vesper il ne reste même plus de sépulture, détruite dans l’explosion au début.

Fini Felix Leiter également, prétexte à un sentiment de vengeance très superficiel dont le film n’avait absolument pas besoin au vu du rebondissement généalogique évoqué précédemment.

Adieu également TOUTE l’organisation du Spectre. D’un coup. Pouf. Transposée à l’écran, cette scène pourtant folle sur le papier tombe à plat par manque de mise en scène, réduisant l’Organisation criminelle phare de la saga à de gentils costards et robes fourreaux paradant à une soirée cocktail qui se termine plus tôt que prévu. Là aussi, ils ne sont que des « idées » de criminels, des enveloppes vides, de purs concepts à date de péremption (très) courte. Au spectateur d’imaginer ce qu’aurait pu donner une approche plus viscérale de cette formidable idée.

Au revoir Blofeld aussi. Une scène suffira à l’enterrer. L’aura du personnage héritée des films précédents semble également suffire. On notera tout de même que Christoph Waltz aura été ici plus convaincant en une seule scène que dans tout « Spectre ».

EXIT BOND.

Exit James Bond.

Il y avait 1000 façons de mettre en scène la retraite de Daniel Craig (c’est de lui et pas de Bond qu’il s’agit puisque « James Bond will return », nous apprend le générique de fin).

Mais faire mourir de la sorte cette icône vieille de 60 ans est en revanche d’une bêtise crasse. Ici ce n’est pas de l’audace que de l’avoir mis en image pour la première fois, c’est une trahison. Une icône ne meurt pas – pas de manière aussi concrète, pas aussi premier degré. C’est un contre-sens total doublé d’une flemme d’écriture affligeante.

On observe ici un transfuge du blockbuster post-moderne inexcusable – je devrais dire une « contamination » – menant à la normalisation sacrificielle d’un personnage qui aurait pu (du) rester une belle exception, justement.

On ne respecte pas une franchise en bazardant tous les concepts qui en ont fait ce qu’elle est depuis 1962.

On ne brûle pas un mythe avec ce qui en faisait son essence.

Avoir habilement altéré le monolithe qu’était le Bond des décennies précédentes via les douleurs, souffrances et doutes modernes de celui de Craig n’est pas la porte ouverte à une mort physique définitive. Cette scène finale ne s’intéresse d’ailleurs plus du tout aux fans que le film avait pourtant flattés (endormis ?) dans un premier temps: elle s’adresse dans son dernier acte à une génération habituée à voir crever ses héros dans des explosions Bayhemesques pour une émotion sans frais. Ce choix scénaristique est une escroquerie du même ordre que le bonhomme qui brûle lui-même sa grange branlante inutile pour toucher l’assurance afin de repartir sur de nouvelles bases. On assiste ici à une rénovation, pas une révolution.

Faire « disparaitre » Bond/Craig par son impossibilité de revoir sa famille et de continuer son travail aurait été un choix osé, émouvant, et respectueux. Une mort sociale et professionnelle, en quelque sorte, devant le mur que dresse une vie d’espion vieillissant. Les fans hardcore auraient peut-être apprécié une alternative de la sorte. Ou pas. Mais tout sauf ça, en tout cas.

Parce que les fans hardcore ne sont pas les idiots gravés dans le marbre qu’on croit: ils ont accepté des modulations innombrabes, inimaginables et plutôt bienvenues depuis les années 60, que ce soit dans les personnages de M, Moneypenny, Leiter, les enjeux politiques ou encore dans les aberrations scénaristiques du personnage de Blofeld, variable d’ajustement selon les procès de droits d’auteur en cours entre Fleming et McClory.

La franchise doit sa longévité à un évident opportunisme commercial et sociétal que les fans, pas dupes pour autant, ont continué à soutenir – je devrais dire financer – pendant six décennies. Cette fidélité me semblait marquer une limite implicite : ne pas faire de Bond un héros sacrificiel. Un personnage ayant eu autant de facettes différentes voire contradictoires ne fait plus partie du carcan classique du héros de blockbuster sorti d’un portefeuille garni, d’où qu’il vienne. À moins de considérer que la saga version Craig se suffirait à elle-même, ce qui serait une forme de purge par le vide encore plus chargée d’arrogance amnésique. Les quatre films de l’ère Craig fonctionnaient aussi et justement par comparaison aux précédentes déclinaisons du personnage. Ce n’était donc pas le moment de jouer la carte de l’indépendance totale dans cette dernière ligne droite.

Cette scène finale ne trahit pas seulement la franchise dans son ensemble. Elle trahit sans le savoir l’ère qu’elle croit enterrer avec les honneurs. Pensant respecter la fragilité du personnage de Craig brillamment amorcée avec Casino Royale, « Mourir peut attendre » estime que sa mort physique en est l’aboutissement logique, inévitable.

Alors admettons – une minute – que ce film ne concernerait que les 15 dernières années de Bond. Qu’il n’y avait rien avant Craig. Rien depuis 1962, ou même 1953 si l’on part de Ian Felming. Qu’il serait acceptable de le faire disparaitre dans un dernier geste altruiste, ce petit être fragile, sombre et humain que serait donc devenu 007 en 2021. Dans ce cas, pourquoi tenter en dernière minute de faire de cet anti-héros moderne une icône éternelle via ce plan ridicule de Bond se tenant fièrement debout face à 40 missiles ? N’est-ce pas là une représentation à l’exact inverse de l’humain qu’on a appris à aimer depuis Casino Royale ?  Ce plan contredit tout ce qu’a structuré l’ère Daniel Craig – le tout sur une musique insupportable d’Hans Zimmer dont on n’en peut plus d’attendre que lui, pour la peine, prenne vraiment sa retraite.

Ce final ne respecte pas le personnage qui nous a été si important, quelle qu’en fut la forme subjective pour chacun. Il s’en débarrasse après avoir patiemment dépeuplé devant nos yeux tout ce qui faisait son âme, en invoquant une armée de morts-vivants dans l’unique but de préparer la cérémonie finale sans eux.

Le film, pêchant par excès de contemporanéité, confond hommage et invocation, sensibilité et sensiblerie, conclusion et annihilation. Avec le recul, « Mourir Peut Attendre » aurait tout aussi bien pu  s’appeler « Tout doit disparaitre ».

Au revoir Daniel Craig, donc.

On aurait pu espérer meilleure retraite après 15 ans passés au service secret de sa Majesté.

James Bond (Daniel Craig) dans Skyfall (2012).

]]> http://www.themadallaxview.com/mourir-peut-attendre-ou-pas/feed/ 0 Kaamelott: Premier Volet http://www.themadallaxview.com/kaamelott-premier-volet/ http://www.themadallaxview.com/kaamelott-premier-volet/#respond Wed, 11 Aug 2021 14:29:55 +0000 http://www.themadallaxview.com/?p=1153 Continuer la lecture de « Kaamelott: Premier Volet »

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*11/08/21*

Tiens, je viens de me souvenir qu’on est allé voir ce truc, il y a 2 semaines.

La première chose plutôt cool est que c’était pas vraiiiiiment chiant, ce qui m’a beaucoup surpris. J’ai du regarder les 4 premiers livres quelque chose comme 20 fois et qu’on le veuille ou non, Astier a créé comme Michel Audiard une langue à lui depuis 2005, et une langue drôle (souvent) comme balourde (parfois). Kaamelott est devenue une référence populaire dont je fais partie des pratiquants, et j’ai passé une messe somme toute pas désagréable en salles.

Mais merde – et j’enfonce des portes ouvertes en disant cela je le sais – Kaamelott c’est surtout un format télévisuel calibré: montage ultra cut et répliques cinglantes pendant 4 minutes, point, ce qui n’empêche pas de trouver que son mélange entre humour potache et drame latent restait assez exceptionnellement bon dans le cadre restreint du PAF, surtout quand on se rappelle qu’à l’époque on se cognait en parallèle les grosses merdes que sont « Caméra Café » ou « Un gars, une fille ».
Mais tel Arthur s’entourant de manière quasi suicidaire de branquignoles débiles pour chercher le Saint Graal, Astier s’arme des pires outils télévisuels pour tenter le passage au grand écran sans avoir l’air une seule seconde de se poser la question si une salle de ciné ne mériterait pas un peu mieux.
À aucun instant pendant ces 2 heures de « film » payées 12.20 euros je n’ai vu un moment de cinéma. Ce qui marchait à la télé pour un format court montre ici tous les travers d’un mec qui pense qu’il sait tout faire. Cet alignement de longues focales dégueulasses et de caméras qui n’arrêtent pas de bouger en cercle Whedon-style pour feinter une quelconque action narrative est non seulement vain et moche, mais c’est surtout anachronique puisque les blockbusters les plus cons font ça depuis le début du 21ème siècle et ont prouvé la vacuité formelle de ce genre de « mise en scène ». Astier n’est pas un réalisateur, et c’est fascinant de le voir passer au grand écran pour le confirmer une fois pour toutes. J’ai eu l’impression de voir un soliste montrer son talent avec un instrument désaccordé.
Les décors sont constamment floutés par cette putain de longue focale qui fait sans cesse l’aveu que pour Astier, tant que le personnage qui cause est net à l’image, tout va bien.
Les acteurs défilent à la queue leu leu dans des saynètes de 2-3 minutes (particulièrement au début) pour faire du fan service au milieu d’un scénar’ oscillant entre une connivence flemmarde et intrigue molle repompant ce qu’on a déjà vu il y a 15 ans (Arthur, le trône, l’épée, Lancelot, …). Lancelot qui est d’ailleurs ridiculisé dans le fond comme dans la forme (c’est quoi cet accoutrement de merde ? – je sais que ce choix va s’inventer une cohérence dans les suites mais là on a juste l’impression que le mec se tape un lumbago généralisé). Astier a toujours eu l’habitude de faire de ses personnages « concepts » des idiots pour mieux avoir l’air intelligent, lui. Si ça pêchait déjà dans les premiers livres, le voir nous ressortir les mêmes artifices en salles devient carrément triste.
Il n’y pas UN SEUL PLAN pendant ces 120 minutes. Je ne sais pas quelle est la formule magique pour concilier son histoire épique et la trame intimiste qui l’accompagne, mais il est certain qu’à un moment il fallait faire un choix formel qui soit à la hauteur de la grande ambition de Mr. Astier. Tout ça symbolise une triste réalité d’un certain cinéma français contemporain: une histoire débitée par des acteurs plus ou moins bons se moquant éperdument de toute pensée visuelle. Tout ce qui n’est pas littéralement DIT n’a aucune importance du moment que le personnage est net et en HD.
Le cinéma n’a malheureusement pas de super pouvoir intrinsèque venu des Dieux, et on n’écrit pas une légende en empilant des images estampillées M6.
« Kaamelott: Premier Volet » n’est donc pas un mauvais film, puisque ce n’est même pas un « film ». C’est juste un épisode trop long et pas très frais qui a couté 15 millions d’euros.
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Richard Donner http://www.themadallaxview.com/richard-donner/ http://www.themadallaxview.com/richard-donner/#respond Tue, 06 Jul 2021 12:12:00 +0000 http://www.themadallaxview.com/?p=1084 Continuer la lecture de « Richard Donner »

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*05/07/21*

Ah ben merde Richard, v’là qu’t’es mort.

Je pensais encore à toi la semaine dernière, tiens. Un truc à base de « j’suis trop vieux… »

Tu me permettras de t’appeler Richard, hein, parce que bon, je sais, je suis un français né en 1982 et toi t’étais un ricain de 91 ans donc on ne peut pas vraiiiiiment dire qu’on se connaissait, mais bordel, qu’est-ce que t’as squatté mon salon, putain.

T’arrêtais pas. Tout le temps dans les parages. Ça fait 30 ans que tu squattes, Richard.

Tu m’en voudras pas, mais ton super-héros en collant m’a plu sans jamais totalement me séduire, même tout jeune.

Tes gosses en pleine course au trésor, je les ai aimés très souvent il est vrai, mais sans pour autant les inviter systématiquement à chacun de mes goûters. De bons copains mais pas des amis, quoi.

J’ai bien aimé ton truc bizarre à base de faucon médiéval et de Michelle aussi, quand j’étais petit. Ça, ça m’avait marqué.

Et je dois dire que j’ai toujours été très flatté que tu donnes mon nom au personnage le plus evil de l’Histoire du cinéma, 6 ans avant ma naissance. Ça m’a fait super plaisir, après coup.

Du reste de ta carrière je ne peux pas dire que j’étais ultra fan. De ton joueur de cartes propret en passant par ton chauffeur de taxi parano ou encore ton Banderrrrras rrrrroulant un peu trrrrop les rrrrr j’ai tout suivi, mais je suis surtout resté fidèle à Riggs et Murtaugh.

Murtaugh et Riiiiiiiiiiiiiggs.

Gros squatteurs de mon salon devant l’Éternel, eux aussi, ne serait-ce que l’été dernier, quand avec 3 amis on s’est enchainé tes 4 volets létaux à la suite. On a fini tard, mais on a fini BIEN.

Ce soir je me suis souvenu que j’avais vu le dernier épisode de ta saga en 1998 dans un ciné de St-Malo. La salle était vide, j’y étais absolument seul au milieu de 200 sièges silencieux qui s’en foutaient complètement de moi.

Pour une fois c’était moi qui squattais en solo ton univers, pas l’inverse. Le film n’était pas foufou, soyons honnête, mais l’ado de 16 ans s’était réjoui aux larmes, en particulier pendant le générique de fin aussi testamentaire qu’émouvant.

Bon ben du coup maintenant t’es parti, Richard.

Mais je sais que tu vas encore salement squatter mon salon.

De toute façon t’as jamais demandé mon avis en 30 ans.

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Jean-Pierre Bacri http://www.themadallaxview.com/jean-pierre-bacri/ http://www.themadallaxview.com/jean-pierre-bacri/#respond Tue, 26 Jan 2021 11:04:01 +0000 http://www.themadallaxview.com/?p=772 Continuer la lecture de « Jean-Pierre Bacri »

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* 26/01/21 *

Je n’ai pas eu la pire des enfances mais on peut dire qu’à certains égards ce n’était pas la plus tranquille non plus.

Bon, rassurez-vous, ce n’est pas du tout le sujet de ce post, mais c’est clairement le contexte de l’époque, c’est-à-dire les 90s.

Vers 10 ans je subissais mon premier vrai électro-choc de cinéma devant « Les Canons de Navarone » que m’avait montré mon père. J’étais fasciné par ce que je venais de voir et je suis devenu un cinéphage frénétique: je démarrais fissa ma petite collection de films en VHS grâce aux enregistrements TV du dimanche soir (« 2 films sinon rien ! ») et du mardi soir (« le mardi c’est permis ! »). Parfois l’antenne hertzienne merdait pendant l’enregistrement à cause d’un orage à la con pendant la nuit, et je me retrouvais le lendemain avec une qualité d’image dégueulasse, bien blasé. Beaucoup plus rarement, j’étoffais ma collection avec quelques K7 flambant neuves achetées en magasin (en général la semaine qui suivait mon anniversaire, forcément).

Dans les années de collectionnite aiguë qui suivirent et malgré la surabondance de productions US bourrines, des films comme « Mes Meilleurs Copains », « Cuisine et Dépendances » et plus tard « Un Air de Famille » se firent une place de choix.

J’avais découvert Jean-Pierre Bacri en même temps que Steve McQueen et Al Pacino.

Abonné à « Première » (il n’y avait à l’époque pas d’autre moyen pour un petit provincial d’approcher un tout petit peu ce qu’était le cinéma « officiel »), j’avais ressorti mes anciens numéros et fouillé dans la section microscopique du magazine intitulée « Où leur écrire ? », dans l’espoir de trouver l’adresse de Jean-Pierre Bacri. Pas de google évidemment à cette époque-là, c’était donc ma seule chance.

Et voilà que je trouve une adresse, dans un des numéros: l’agent de Jean-Pierre Bacri, j’imagine.

J’ai donc pris ma fragile plume adolescente (certainement atroce, hein) et j’ai couché sur le papier ma passion pour les films. Je mentionnais également ma situation familiale plutôt pénible, sans aucun filtre. En gros, je lui expliquai maladroitement que les films – et donc les siens – m’aidaient tout connement à (mieux) vivre.

J’ai affranchi et posté ma lettre pour Bacri en sortant de chez moi le lendemain, puis suis allé en cours au lycée sans en parler à qui que ce soit: à mes yeux le geste était un peu ridicule et surtout vain.

Quelques mois après, une réponse me parvint. Je vous la soumets ici.
Ces quelques mots, écrits sur un bristol tout simple, ne m’ont jamais quitté depuis. « Le doute et la sensibilité »… Peut-on trouver meilleure formule ?
22 ans après je regarde toujours les films de Jean-Pierre Bacri, plusieurs fois par an, avec dans un coin de la tête le souvenir que cet incroyable acteur avait un jour lu ma petite lettre manuscrite, bancale et maladroite.
Il était à mes yeux le plus grand, depuis le début. Ni râleur, ni bougon, ni pantin, ni « bon client » sur les plateaux. J’emmerde tous ces qualificatifs minables – faut vraiment être le roi des cons pour ne pas voir que le cirque médiatique lui donnait la nausée encore plus qu’à nous spectateurs. Si on dépasse le cliché qu’on nous servait à chaque fois, on se rend vite compte que faire des films lui était aussi vital qu’en faire la promo lui paraissait mortifère. Il faisait parfois « son Bacri », oui, comme disent les bas-du-front qui n’attendent que ça de lui, mais nul besoin d’ergoter pendant des heures pour se rendre compte qu’il faisait ces quelques concessions contraint et forcé. Il finissait par leur donner à manger, histoire d’en finir au plus vite. Il revêtait alors sa tenue de clown triste et laissait les guignols du PAF se focaliser connement davantage sur le clown que sur le triste.

Ce qui le faisait chier avant tout, ce qui le déprimait, c’était tout simplement de faire semblant. Suffit de revoir « Cuisine et Dépendances » ou « Un air de famille » pour comprendre le mépris qu’il avait pour les artifices télévisuels.

« ‘J’suis un être humain, j’suis pas un animateur ! » dit Georges, son personnage dans « Cuisines et Dépendances », qui préfère se planquer en cuisine toute la soirée à fumer des clopes plutôt que d’aller faire des ronds de jambe pour la célébrité de la télé invitée dans le salon. La dépendance au « paraître » évoquée dans le titre du film, il n’en était clairement pas atteint, lui.

Je ne me suis pas exprimé la semaine dernière parce que c’est toujours un peu gênant ces nécros qu’on voit fleurir sur facebook – et je ne fais pas exception, qu’on soit bien d’accord: on fait la bio sélective du bonhomme, on verse ici et là quelques larmes virtuelles, sans se rendre compte que si le mec n’était pas mort, bah on n’en aurait pas causé. D’ailleurs on en causait pas avant, non plus. La plupart du temps, le défunt n’avait de toute façon rien fait de neuf depuis 15 ou 20 ans.

Mais pas Bacri, nan. Il ne s’est jamais arrêté de tourner, son âme dédiée à son art et son mépris toujours pointé vers le petit écran et l’hypocrisie en général. Il m’avait à nouveau brisé le coeur en 2015 dans « La vie très privée de Monsieur Sim », un bijou, avec ce personnage d’homme usé et plus du tout en phase avec son époque, cherchant juste un peu de sérénité pendant qu’on lui demande de « faire ses preuves » à 60 ans dans une start-up high-tech ridicule. Perdu sur les routes de campagne au volant d’une bagnole rutilante équipée d’un GPS dernier cri qu’il arrive difficilement à utiliser, ce VRP malgré lui commence tout doucement à sombrer dans la folie.

Alors voilà, le gosse de 16 ans comme l’adulte de 38 ont exceptionnellement pleuré ensemble pour de vrai, la semaine dernière, et c’était l’occasion ou jamais, pour une fois, de mettre la pudeur de côté, de faire un peu dans la sensiblerie et surtout partager ce petit bout de carton portant les quelques mots que Jean-Pierre Bacri avait pris le temps de m’écrire.

Y’avait pas que du bon, dans sa carrière, faut être honnête.

Mais putain quand c’était bon, c’était mieux que tout le reste.

Merci, Monsieur.

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The Torture Report (Scott Z. Burns – 2019) http://www.themadallaxview.com/the-torture-report/ http://www.themadallaxview.com/the-torture-report/#respond Mon, 11 Jan 2021 14:01:42 +0000 http://www.themadallaxview.com/?p=739 Continuer la lecture de « The Torture Report (Scott Z. Burns – 2019) »

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*7/10/20*

Sur les conseils de Melvin Zed j’ai regardé aujourd’hui « The Report » de Scott Z. Burns sorti l’année dernière, traitant du fameux rapport conduit par une sénatrice démocrate pour faire la lumière sur les « techniques d’interrogatoires renforcées » (comprendre tortures, hein, justement, c’est le mot qui est barré sur l’affiche de film) utilisées par le CIA après le 11 septembre pour arriver des années plus tard à l’opération Neptune’s Spear, c’est-à-dire la mort de Ben Laden dans sa maison fortifiée.

On avait eu un petit débat avec l’ami Melvin sur la légitimation de la torture (ou non) qu’on pourrait comprendre dans le Zero Dark Thirty de Bigelow sorti en 2012. Je trouvais le film factuel, en apparence plutôt honnête en ne tranchant pas sur la question, et offrant un final tout sauf patriotique « on a gagné sale terrorisssssss » avec une héroïne en pleurs, seule perdue à l’arrière d’un avion cargo militaire immense, métaphore facile mais efficace de ce petit bout de femme qui avait été le moteur d’une opération historique (au sens propre hein) mais qui la laissait finalement comme tous les autres acteurs de cette histoire: des outils jetables et détruits au milieu d’un système froid et plus grand qu’eux.
SAUF QUE…
Je passe tout de suite sur la qualité formelle de The Report, qui est terne, sans idées et purement téléfilmesque dans ce qu’elle a heureusement de moins pénible: une caméra posée comme il faut pour qu’on puisse suivre la seule chose importante du projet: le fond. Pour la peine, on est à 1000 km… pardon… 621,371 miles du génie d’une Bigelow et d’un Pakula, dont l’ombre des Hommes du Président plane évidemment tout le long de ses 2 heures finalement convenablement tenues.
Je disais donc, SAUF QUE…
The Report est très clair: les tortures n’ont jamais servi à faire avancer aucun schmilblick, pas plus pour la mort de Ben Laden que d’autres cas de contre-terrorisme dans les années précédentes, puisque même un rapport interne à la CIA en tirait la conclusion – rapport qui aurait été mis sous le tapis aussitôt finalisé.
Je ne me prétends absolument expert en quoi que ce soit sur ces sujets, évidemment. Mais au-delà de la fascination que j’ai pour ce genre de sujet et de comment le ciné US ose (ou pas) les traiter, le cinéphile en moi en revanche lui a UN PEU LES BOULES.
Parce que si tout ce qui est dit dans « The Report » est correct, l’ambivalence et la neutralité apparente que j’avais aimées dans Zero Dark Thirty n’ont pas lieu d’être: le film ne serait donc PAS un constat factuel sur comment un pays conduit une guerre avec, disons au pif, 50% des spectateurs qui seraient « pour » la torture dans le cadre d’un contre-terrorisme » et 50% qui seraient « contre », le film pose une question qui n’avait même pas à être posée dans ce cas précis ! Et donc potentiellement convaincre même indirectement une partie de son public à être « plutôt pour » sur un mensonge clair et net, ça pose un PUTAIN DE PROBLÈME.
Semblerait même que le scénar du film de Bigelow ait été orienté en ce sens malgré eux à base de fausses infos qui auraient volontairement leakées de la CIA et que les scénaristes se seraient empressés d’intégrer à ZDT pour que justement, les tortures puissent être potentiellement… « acceptées » par l’audience.
Bref je n’ai pas approfondi le sujet (pour l’instant), mais c’est passionnant putain.
Enfin, pour ceux comme moi que ça intéresse aussi de voir les copinages aussi douteux que fréquents entre la production hollywoodienne et les gouvernements US successifs, jetez-vous sur les articles fournis et passionnants de Melvin sur le sujet:
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Revenge (Tony Scott – 1990) http://www.themadallaxview.com/revenge-tony-scott-1990/ http://www.themadallaxview.com/revenge-tony-scott-1990/#respond Fri, 08 Jan 2021 18:41:44 +0000 http://www.themadallaxview.com/?p=728 Continuer la lecture de « Revenge (Tony Scott – 1990) »

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* 05/01/21 *

Sorry folks for the huge late night text – you don’t have to go through anyway and this is all Tony Scott’s fault, actually.

In Tony Scott’s top best movies, I always put the same 3 ones: True Romance (1993), The Last Boy Scout (1991)… and the one everyone has completely forgotten: Revenge, released in 1990.

I don’t love the movie because it’s perfect. It’s pretty fucking far from perfection, actually, and this is exactly why I love it so much.

I love it because of the way it desperately tries to push every « over the top » button available on all elements (dark glasses during night scenes, gigantic sunsets AND sunrises, venetian blinds on all windows, useless smoky fans, repeated eroticism, leather snake boots, fat sweating Mexicans) not because it is trendy at the time, but exactly because the crew feels it’s getting old fashioned at that precise moment.

I really LOVE the way this movie is blindly acting like we’re still in middle 80s and as if the audience hadn’t seen Fame, Top Gun, Beverly Hills Cop II, Nine 1/2 weeks and all the Adrian Lyne/Alan Parker/Scott brother’s over-the-top aesthetics for almost 10 years now.

« Days of Thunder » released the same year will be a great hit for Tony Scott and he will have a long and quite interesting career ahead (especially post-2000) but to me « Revenge » is like a bug in the matrix, a fascinating failed success, a freeze-framed nostalgic gesture, a last attempt not to see it’s time for another decade to come with its own visual codes.

On top of the violent and nihilistic plot it develops with some spicy notes (who’s actually ‘revenging’ here ?), something feels sick, crippled and almost involuntarily desperate in this movie, which gives a precious vibe I can’t get enough of.

Last point: here is one of the cases where the director’s cut is actually destroying the movie compared to the theatrical version, which confirms the overall feeling I just described above: Tony Scott edited his own 25-minute SHORTER version years later, destroying most of the strange mood Revenge had, deleting some ‘useless’ scenes that I loved to make it more ‘right to the point’ – and inevitably completely pointless doing so: a preview of the exhausting and restless way of editing movies we’ll see later in the 90’s: more speed, less thinking. So if you want to discover that one… go for the 124-minute version and not the director’s cut.

So… Revenge: a strange and fascinating object in between times, struggling with a declining visual style on one side and already being butchered to get ready for the fast and superficial upcoming decade on the other.

Oh and by the way, the movie’s got a cast including Kevin Costner, Anthony Quinn, Madeleine Stowe, Tomas Milian… AND MIGUEL check-my-huge-fucking-nose-right-there FERRER.

Gotta love « Revenge ». ❤

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